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Question les Balcons de Belledonne

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il y a 11 ans 8 mois #25670 par dav_g
dav_g a créé le sujet : les Balcons de Belledonne
Week-end de l’ascension. Pour la troisième année consécutive un petit groupe de randonneurs se reconstitue à date fixe pour aller marcher ensemble sur les sentiers de France. Initiée en 2001 avec l’ami Franck, rencontré sur Rando-Trekking, avec la traversée de la Chartreuse, l’expérience se renouvelle l’an passé dans le Verdon sur quatre jours. L’ami Marc se joindra pour l’occasion au groupe qui devient un trio. Cette fois nous sommes cinq. Le noyau devient graine. Franck et Marc sont de la partie auxquels se greffent Jean-Marie, mon acolyte de la traversée des Pyrénées, et Jeff, avec qui je bosse sous la neige l’hiver. Objectif Belledonne avec une boucle de quatre jours dans ce beau massif surplombant Grenoble, belvédère privilégié sur la Charteuse, le Vercors, l’Oisans et les Ecrins réunis.

Le rendez-vous est fixé au jeudi matin 9 h au Recoin de Chamrousse. Il est déjà presque 10 heures quand j’y arrive avec Franck et Jean-Marie, après avoir paressé un peu trop longtemps au soleil du château de Revel où nous avons passé la nuit. Le soleil darde déjà de cuisants rayons et quelques gros cumulus jouent les instables dans un ciel finalement mitigé. Jeff nous attend, ponctuel, entouré de Thomas et Mickael, d’autres collègues de cet hiver. On trouve Marc endormi sur le volant de sa 205 après une nuit passée sur la route entre Bordeaux et Grenoble. Bon an mal an on boucle les sacs et on se met en marche en direction du col de Balme. Les pistes de ski sont maintenant recouvertes de pelouse et de pensées et je peine à imaginer qu’il y a encore deux mois on les dévalait à fond les manettes avec les skis au pied.
Monter aux lacs Robert par la brèche sud nous coûte quelques gouttes de sueur. Tino, le chien de Thomas, en profite pour se rouler dans la neige avec une insouciance canine caractéristique. Nous laissons Tom et Mik aux lacs et continuons vers le refuge de la Pra, abandonnant l’idée de descendre à la cascade de l’Oursière pour cause de pierrier brulant à traverser. L’itinéraire est valloné et balisé aux couleurs rouge et blanche du GR549. Le sentier se rétrécit à la faveur d’une gorge étroite où cascade un petit torrent. Les eaux calmes du lac Léama nous apparaissent alors, mouillant le fond d’un vallon encaissé et secret. Encore un pierrier à affronter et nous surgissons parmi des pelouses alpines tapissées de gentianes où les sommets enneigés qui nous environnent maintenant se reflètent dans les miroirs des lacs Longet, Claret et Merlat. Dominant une vaste prairie d’altitude sillonée du lits de torrents à l’eau glacée, les murs de pierre sombre du refuge de la Pra nous apparaissent enfin. L’idée me vient alors de se servir du site comme camp de base à des randonnées en étoile. L’option est accueillie de bonne grâce. Nous montons donc les tentes après un petit détour par la terrasse pour aller saluer Odile et Gérard, les gardiens. La fraîcheur de l’air nous cueille sitôt le soleil basculé de l’autre côté du Galeteau dont la face débonnaire étend son ombre sur la plaine de la Pra. Un dîner convivial précède une nuit salvatrice sous les tentes, ponctuée de quelques ronfements, flatulences et grognements.

Le lendemain ne nous trouve pas très courageux. Le départ n’est donné qu’à 10 heures, bien après que l’ombre ait enfin levé son rideau de fraîcheur de la plaine. Nous nous élevons par le sud en direction d’une large épaule sous les pentes de la Grande Lauzière, faisant notre trace dans la neige encore abondante au-dessus du refuge. Les possibilités abondent pour atteindre le sommet mais nous choisissons celle nous permettant de tenir les pieds au sec. L’arête sud du sommet s’élevant au-dessus des eaux glacées du lac David semble la solution idéale. Notre petit groupe fait son chemin dans les gradins caillouteux d’une large cheminée pour prendre pied sur l’arête, à cheval entre les pentes ouest de Belledonne où se découvre Galeteau, Grand Colon et le lac du Crozet à gauche et le vaste cirque de la Grande Vaudaine à droite, au-delà duquel s’élève le massif du Taillefer. Plusieurs antécimes parsèment l’itinéraire et après une traversée de névé et pour certains un bref et facile passage d’escalade sur des empilements massifs de roche en ardoise, nous atteignons le sommet à 2.741m. Des bouffées froides de nuages montent en pagaille par le Crozet, obstruant notre vue au nord. Nous nous asseyons sur un sol noir de lauzes éparpillées pour déjeûner avec en point de mire la pente neigeuse de la Croix de Belledonne. Quelques chocards à bec jaune isolés viennent croasser autour de notre repas.
L’ascension du Grand Doménon est abandonnée, visiblement un peu scabreuse en l’état actuel des choses. Nous préférons une descente par les lacs. Nord-est du sommet, nous dénichons un couloir étroit de neige à la pente soutenue dans lequel nous progressons chacun notre tour avec mille précautions. Il finit par s’élargir pour déboucher au-dessus des lacs. La neige est lourde et encore profonde, gonflée d’humidité et d’eau de fonte. La descente se révèle enthousiaste et chacun y va de sa méthode personnelle pour glisser sur le névé. En-dessous les lacs sont encore recouverts de neige et de glace. Le soleil nous retrouve au détour d’une cascade près de laquelle Jean-Marie et moi nous allongeons pour une esquisse de sieste, laissant les autres retourner au camp maintenant tout près et accessible par un sentier retrouvé. Des panaches grisonnants de nuages nous tirent de notre rêverie et quelques gouttes nous font encore hâter davantage la manœuvre. Une courte averse nous bloque sous nos tentes où entre assoupissement et lecture nous passons le temps jusqu’au repas. Ce dernier est arrosé du génépi personnel concocté par le sieur Merloz que nous finissons dans la soirée, autour d’un modeste feu où se consument le bois récupéré par Jeff & Marc auparavant. Un ultime courant d’air froid nous invite à regagner nos tentes à la nuit tombée.

5h45. Je laisse Jean-Marie partir galoper au Galeteau comme il l’avait prévu et me lève à 7h30. Une bonne étape au programme aujourd’hui. Je ne sais qui m’a dit hier que la journée avait été trop facile (probablement sous l’effet du génépi) mais je vais tâcher de réparer l’erreur ce jour. Franck émerge de sa tente le cheveu en pagaille, suivi de Marc qui a jeté sa couverture sur les épaules. Une fois de plus le ciel dégagé semble annoncer une journée radieuse. Les hostilités démarrent par une grimpette hors sentier en direction de l’arête ouest de la Grande Lance de Domène. Notre itinéraire tutoie le vide basculant vers le lac du Loup, noyé sous la neige au terme de hautes falaises ombragées. Franck qui apprécie peu la compagnie du vertige se tient à distance respectable du faite de l’arête pourtant de moins en moins prononcé. Mais le mal est fait et lorsque celle-ci se transforme en un aérien parcours de blocs il est trop tard pour le convaincre de continuer. L’ambiance est pourtant somptueuse : un liseré noir de rocs fissurés, parsemés de corniches glacées, s’étire jusqu’au sommet de la Grande Lance, dominant d’impressionnants à-pics se jetant dans la neige du glacier de la Sitre. Magnifique mais exposé. Il faut trouver un autre passage.
Le col des Lances de l’autre côté du glacier semble un échappatoire possible, à condition de pouvoir rejoindre le glacier. Nous nous y employons après avoir repéré un passage sans danger dans les zones de faiblesse du rocher en face nord. La traversée du glacier n’est ensuite qu’une formalité. Nous gardons cependant nos distances avec le reste des coulées d’avalanches de printemps. Jeff taille les marches pour remonter jusqu’au col où s’ouvre un nouveau paysage tout aussi renversant. Une longue descente dans la neige nous attend jusqu’au lac Blanc, encore recouvert de plaques de glace. Dans un angle du cirque, la haute pointe du Rocher de l’Homme est nettement visible, jaillissant de la neige dans le prolongement nord des pentes vertigineuses du Grand Pic de Belledonne, plus haut sommet du massif trônant de sa noire autorité sur les sommets environnants. Au nord, le petit refuge Jean Collet s’aperçoit sur un épaulement herbeux. Au terme d’une nouvelle et épique descente dans la neige, nous faisons la pause près du lac, nous débarassant des sacs et des tee-shirts sous lesquels nous suons.
L’envie me prend pour le retour de passer par les versants inférieurs du massif, délaissant donc le col de Freydane et ses pentes neigeuses dont nous soupons depuis hier. De surcroit un amoncellement de nuages noirs montant de Savoie par l’est n’est pas pour m’encourager un poursuivre vers les sommets. Nous voici donc partis dans une descente à travers la rocaille par un sentier d’abord puis par un pierrier dans lequel on glisse aussi facilement que sur le névé voisin jusqu’à atteindre un replat étouffant de chaleur. Je dégouline littéralement de sueur et, imitant les autres, je m’inonde le visage de l’eau glacée du torrent. La montée suivante vers le col de la Sitre est à l’image du massif, austère et difficile. A peine 400m de dénivelé mais brusque et sans répit, assez semblable à ce que nous connaissons avec Jean-Marie en Ariège. La montagne dans sa plus parfaite brutale splendeur. Franck et Marc y laissent de l’énergie. Mais leurs efforts sont loin d’être terminés. Après le col, un nouveau chemin s’éloigne vers les hauteurs d’un long névé menant au col du Loup. Et ce sont encore 200m de dénivelé qu’il faut accuser à travers la neige, dans une ambiance rafraîchie par l’ombre soudainement tombée sur le col. Après cela, la descente vers le Crozet est une soulageante récréation. Jean-Marie glisse sur son sac Sport 2000, Jeff et Marc font des figures en skiant sur leurs deux pieds et Franck, descendant sur les fesses, pousse des hurlements à faire s’écrouler les montagnes. Une dernière montée vers la Pra nous attend, s’effectuant en douceur sous l’effet d’une motivation retrouvée par la proximité du camp. L’étape, certes longue, a néanmoins fait le bonheur des convives et nous la fêtons dignement le soir près des tentes après avoir récupéré un certain nombre de litres de vin blanc et rouge au refuge ! Autant dire que l’ambiance a vite été à la rigolade. Des joies simples de se retrouver entre gars en montagne !

Jeff nous quitte le lendemain à 8 heures. Il doit être à Chamrousse à midi ce qui lui laisse peu de temps devant lui. Le reste de l’équipe décolle tard, vers 10 heures passées. Le retour des sacs sur le dos et la fatigue accumulée ces derniers jours imposent un rythme lent. L’idée de passer par le lac Achard ne semble pas du goût de tous, pressés d’en finir et de récupérer. La montée au col des Lessines est une épreuve de force pour Marc qui tient bon. Franck lui a simplement envie de rentrer. Je ne le crois pas fatigué une seule seconde ! Nous mangeons donc sous l’ombre des Grands Vans, vomissant une coulée de pierre d’entre leurs deux becs inférieurs. Nous gagnons ensuite le col de la Botte par un sentier décharné à flanc. L’option du parcours le plus joli est abandonné au profit de la rapidité. C’est donc sans trop de conviction que je bifurque vers la Croix de Chamrousse, retrouvant la compagnie déplaisante des remontées mécaniques figées pour l’été. Je descends à travers ces pistes que j’ai parcourues tout l’hiver à skis dont les noms me sonnent tellement familièrement aux oreilles. Olympique Hommes & Dames, Simons, Gaboureaux… Recoin est atteint après une descente laborieuse et inintéressante. Marc est épuisé mais ravi. Tout s’est une fois de plus bien passé et nous nous séparons en fin d’après-midi, les uns regagnant leurs domiciles respectifs, les autres repartant vers de nouvelles randonnées. Rendez-vous est d’ores et déjà donné l’année prochaine dans les Pyrénées !


par david

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