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Question 4000Km au USA: le Pacific Crest Trail

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il y a 7 mois 1 jour #65852 par romni
PCT ou Pacific Crest Trail, USA


Le Pacific Crest trail, ou PCT, est une randonnée de plus de 4.200km allant de la frontière mexicaine au Canada. Cette marche du PCT s'effectue en cinq à six mois, généralement du sud au nord, débutant vers avril et jusqu'en septembre, date à laquelle la neige ferme les chemin dans l'état de Washington. Une telle marche ne peut s'envisager que sous une forme ultra légère, ou au moins proche de la marche ultra légère ou MUL pour économiser ses forces et durer. Le mental est primordial pour le PCT, tout comme le matériel, l'orientation, la nourriture et les bonnes tactiques pour gérer cette marche hors du commun qui marque celui qui la réalise.

Marcheur depuis l'âge de quinze ans, j'avais jusqu'à présent été limité à des parcours de trois à cinq semaines par mes impératifs professionnels. Je voulais donc entamer une retraite prise à 62 ans par une vraie longue marche. Ce fut le Pacific Crest Trail. Après six mois de rêve et trois de préparation, je pars fin mars 2016, direction San Diego en Californie. J'avais presque tout prévu sauf le plus important et beaucoup rêvé, mais bien trop petit.
L'européen a du mal à imaginer la dimension supplémentaire que la durée, cinq mois pour 4.000Km, apporte de radicalement différent à une telle expérience: on marche, jour après jour après jour; le bivouac quotidien apprend à vivre sur le chemin, par terre, en pleine nature; la simplicité, la frugalité, la monotonie alimentaire s'installent. Entre hypnotisme et émerveillement, la marche s'impose comme une drogue, pour elle-même. Les problèmes se règlent là, tout de suite, sur le chemin. L'immensité de l'espace américain place le marcheur au centre d'un vide qu'il doit peupler.
En groupe ou seul? Ce choix qui modifie radicalement le vécu du PCT.
Marcher en groupe, c'est profiter d'un camaraderie précieuse dans les moments difficiles, au soir des longues journées de marche, dans les heures noires de doute ou de douleur; c'est bénéficier de l'aspiration créée par les meilleurs, de l'émulation qui apporte ce petit supplément de courage à l'instant où il fait le plus défaut; c'est tisser une fraternité dense. Mais c'est aussi masquer l'immensité par un sac à dos au premier plan et le silence par trop de paroles.
Mais marcher seul... ah, marcher seul! C'est sentir cette immensité se fondre en soi, c'est le silence qui rend présent, c'est le sentiment d'être à la naissance du monde. C'est la nuit qui murmure un chant d'appartenance pour peu que l'on se laisse pénétrer. C'est oublier la carte parce que le chemin se déroule et qu'on y est bien, qu'on y est chez soi, qu'on y est soi. C'est aussi des moments de doute, parfois de peur, à gérer tout seul en puisant dans des réserves ignorées. Vous l'aurez compris, je marche seul.
Marcher plus de 4.000Km use de façon insidieuse. Il faut donc s'économiser; pour cela une seule réponse, la légèreté, mais beaucoup de variantes. Si le sac de base, sans eau ni nourriture, fait plus de 10% de votre poids, réfléchissez sérieusement. et surtout essayez avant de partir, par mauvais temps, les solutions que vous pensez adopter. En effet, l'ultra léger se fait souvent au détriment du confort et, sur cinq mois, le confort est aussi un élément déterminant de l'endurance.
Le cœur de l'aventure c'est le vécu de ces longues journées de marche, c'est le rythme qui s'installe, l'émerveillement au tournant du chemin. C'est de sentir le corps qui se fait à la marche au bout de 4 ou 5 semaines, lorsque le sac cesse de torturer le cou ou les hanches au point qu'on oublie de l'enlever aux haltes, lorsque la marche devient un état second, que les pauses s'espacent d'elles-mêmes et que les détours par les ravitaillements, malgré douches et énormes bouffes, deviennent des nécessités plus que des plaisirs.
Les premiers 1.100Km dans le désert du sud Californien forment l'étape initiatique qui élimine un tiers des marcheurs. Parfois montagneux, ce désert est couvert de végétation qui, en ce mois d'avril, resplendit de fleurs. Il fait souvent froid, il neige même trois fois quelques centimètres, une tempête à l'aune californienne. Le mercure fait des aller-retour entre -4° et +30°et la polaire alterne avec le parapluie alu pour le soleil. Parti fin mars dans les tous premiers, je savoure, déjà, une relative solitude, interrompue aux bivouacs car le manque d'eau impose souvent la cohabitation. Ceux qui n'ont pas compris les règles du jeu et portent plus de 18kg, parfois 25 (!), disparaissent dans la poussière de nos talons tandis que les jeunes athlètes qui rêvent d'un PCT en moins de 100 jours nous distancent. A de rares exception près, ni les uns ni les autres ne termineront. Sur les quelques 4.500 marcheurs annuels, 2.600 tentent le parcours en une seule saison, 3 à 400 y parviendront. Le Canada est trop loin pour faire figure de but: le Graal, c'est d'abord Kennedy Meadows, fin du désert et le début de la Sierra Nevada.
L'eau est une préoccupation constante, entre peur de manquer et horreur de trop porter: la localisation du prochain point d'eau, son existence, sa qualité deviennent une obsession parasite ; la feuille de partage d'infos sur l'eau tenue par le pcta.org est précieuse mais approximative en ce début de saison.
les Anges du Trail, souvent d'anciens du PCT, sont l'un des cadeaux du PCT. Ils offrent aux marcheurs qui un toit avec lits et douches, qui un repas ou des friandises sur le chemin, qui un transport. La gentillesse, la générosité de ces gens est sidérante et la chaude ambiance de ces havres souvent farfelus réchauffe le cœur. Il faut faire des dizaines de kilomètres de détours goudronnés pour se ravitailler; heureusement, le stop sur les petites routes est facile.
L'arrivée à Kennedy Meadows est une délivrance qui marque la sortie du désert et laisse espérer la réussite du PCT. Le magasin, digne d'un Western, est le point de ralliement. En cette fin avril, la météo est mauvaise sur la Sierra Nevada et la couverture de neige fraiche profonde: trop dur, trop incertain pour moi avec mon matériel léger. Je n'ai pas envie de transformer la partie la plus spectaculaire en parcours du combattant, donc je vais sauter 650Km de Sierra: j'y reviendrai en juillet avec un ami.
Les cinq semaines suivantes seront éprouvantes et magiques: le chemin a disparu sous deux mètres d'une bonne neige de printemps vierge de toute trace humaine, il fait un temps radieux et, en dehors des cinq points de ravitaillement, je ne verrai plus âme qui vive durant trois semaines. La navigation de la première journée est pénible, le temps de me rappeler que la déviation magnétique est ici de 14°, mais ensuite, quelle merveille: remonter des vallées, suivre de larges crêtes sans se tromper de ligne, inventer sa trace dans un monde ou toute trace de l'homme, même lointaine, a disparu: pas une maison, pas une route, pas une ligne électrique visible sur des milliers de kilomètres carrés, durant des jours et des jours. Le mauvais temps (une semaine tout de même) apporte son lot de fatigue, mais aussi de magie avec ces nuages qui filent au raz des reliefs, les brumes qui peuplent les forêts de lutins. Les tempêtes de l'hiver ont été féroces et des milliers de conifères sont tombés, souvent en travers du chemin; ils seront plus tard coupés par des équipes d'entretien, mais je suis en avance et j'ai dû contourner, escalader ou ramper sous plusieurs centaines de troncs. Cela laisse des traces et il me faudra un peu de repos début juin pour retrouver la joie simple de marcher sans être obnubilé par le désir d'arriver.
Les forêts de l'Orégon: un long tunnel vert de trois semaines avec de belles coulées volcaniques, mais pénible: dans ces collines peu marquées et très boisées, définir son cap est problématique et le GPS peine à trouver sa position: beaucoup de zig-zag donc avec juste assez de neige pour cacher le chemin mais pas assez pour effacer les troncs abattus. L'Oregon se termine en beauté entre neige et fleurs en arrivant au mythique Pont des Dieux, le début du Washington.
Cet état alpin a la réputation d'être bien arrosé: je confirme! J'y ai subi ma journée la plus froide, jour de pluie et neige fondue, les pieds dans le ruisseau qui a remplacé le chemin. Tellement froid que j'ai dû m'arrêter tôt faute de sentir mes mains ou mes pieds et que j'ai mis plusieurs minutes à ouvrir la boucle du sac avec mes doigts gourds. Pieds mouillés ou pas, quels paysages! imaginez les aiguilles de Chamonix sur des kilomètres, des décors dignes des contes de fées et la vue portant sur des centaines de kilomètres carrés de montagnes abruptes, de vallées profondes: j'en hurle de bonheur, je sais pourquoi je suis là. Les moustiques, hélas, continuent de penser que je suis là pour les nourrir.
Début juillet, je suis à White Pass, à 560Km du Canada, et il est temps de revenir en arrière pour faire les sections trop enneigées à l'aller : ces quinze jours resteront un de mes plus beaux souvenirs: j'ai atteint à cet endroit une harmonie parfaite, une totale sérénité contemplative. Ce fut un moment de méditation naturelle, de vie dans l'instant présent où l'effort était sinon aboli du moins assez détaché de moi pour n'être jamais une gêne. Pour des heures comme celles-là, je marcherais des mois. Je rejoins ensuite un ami qui vient trois semaines de France pour la Sierra Nevada.
Ah, la Sierra Nevada! le Yosemite ! Sans conteste la section la plus bluffante du PCT, l'impression permanente de se promener dans un décor en cinémascope géant, parmi les séquoias aux troncs spiralés, les dents granitiques, les dalles polies et les lacs. Chaque instant est un émerveillement, sans jamais la moindre monotonie. Les lacs se succèdent, plus éblouissants les uns que les autres. On voudrait sans cesse se poser et admirer. Les dénivelés sont par contre féroces et nous ne faisons que 20-25Km par jour en 10 ou 11 heures mais que c'est beau, que c'est beau. S'il n'y avait qu'une partie à faire, ce serait celle-là, sans aucun doute. Trois semaines les yeux écarquillés.
Trente-trois heures de bus inconfortables me ramènent ensuite dans le Washington et je récupère au magasin de White Pass ma quatrième et dernière paire de chaussures: ça sent l'écurie et la machine s'emballe un peu: malgré de gros dénivelés quotidiens, je finirai le PCT sans jour de repos, à plus de 35Km par jour, sous la pluie et sur les rotules... mais les quatre trentenaires qui m'ont rattrapé à dix jours de la frontière et qui regardaient le papi marcheur avec un peu de commisération ne m'auront pas lâché! non mais.
La fin d'un tel périple est une triste chose. Certes, on a besoin de repos, mais le chemin vous a changé. Le bruit et l'odeur des villes est devenu agression, l'espace manque, la futilité du consumérisme frappe.
L'histoire complète et tous les renseignements logistiques sur mon site sahibvoyageur.fr à la PCTpage PCT
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