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Vêtements pour la pluie et le froid : une introduction au Nikwax Analogy

- « T'es réveillé ? »

- « Question idiote ! »

C'était effectivement une question idiote.
Pas parce qu'il y avait manifestement quelqu'un au bout du fil mais plutôt à cause de l'heure. Il était presque 4h du matin, il ne pouvait pas dormir.
Mon ami Anthony Garziano et moi partageons la même aptitude au décalage horaire chronique. Souvent motivés par les préparatifs d'un projet de voyage ou la recherche de la liste de matériel « parfaite » pour telle ou telle condition.
Dans le cas présent, cela faisait des semaines que nous cherchions une solution au problème de l'imperméabilité en milieux froids et humides (comprenez pluie continue et températures pouvant frôler le zéro).
De l'autre côté du téléphone, ma voix devait trahir mon enthousiasme. J'avais enfin une piste sérieuse.

 

La pluie : amie du marcheur.

Ça n'est pas forcément une évidence, mais tous ceux qui ont passé des semaines (parfois simplement quelques jours) à marcher sous une pluie froide savent que cela compte parmi les conditions les plus difficiles à gérer mentalement et techniquement.
Chez nous, ça n'est vraiment un problème qu'en automne et hiver, selon l'altitude et la latitude. Pourquoi en parler maintenant, du coup? Parce que l'Arctique (Islande, Groenland, Spitzberg, par exemple) et les régions subarctiques (forêts et latitudes boréales) possèdent ces conditions en période estivale. Donc si vous prévoyez d'y mettre les trails cet été, ce qui va suivre vous intéressera sûrement.

 

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Pas le moment pour un bain de soleil! – Spitzberg

 

Un problème, des demi-solutions.

Soyons clairs et honnêtes : malgré tous les discours publicitaires, l'imperméabilité et la respirabilité en un seul produit n'existe pas. Vous aurez, au mieux, l'un et un peu de l'autre.
L'idéal est donc de trouver un compromis qui permette de s'adapter aux conditions rencontrées.

Je n'avais pas trouvé jusque-là de solution qui corresponde à ma façon de marcher, plutôt sportive (un pas rapide et court), ce qui voulait dire axer la fameuse « 3ème couche » sur la respirabilité et trouver le meilleur compromis en termes d'imperméabilité. Le problème était là de préparer une traversée nord-sud de l'Islande au mois d'août. Donc vent, pluie et froid. Tout en même temps si nous jouions de malchance

Il fallait aussi évidemment avoir un poids contenu et une bonne résistance mécanique et chimique (pas besoin de réimprégner les vêtements trop régulièrement).

Petite revue technique des solutions à disposition.

 

  • Cas n°1 : Les membranes.

N'importe qui ayant un peu d'expérience, à l'évocation des mots « randonnée » et « pluie », vous parlera des membranes. On vous citera des marques comme Gore-Tex, eVent et Pertex, pour les plus connues.
Une membrane, c'est un laminé qui travaille grosso modo comme une deuxième peau. C'est un peu schématique mais le fonctionnement est très similaire. Vous avez des pores, qui évacuent la vapeur d'eau (transpiration) vers l'extérieur et empêchent l'eau liquide (la pluie) et le vent de pénétrer. Une couche d'apprêt déperlant fait glisser l'eau, lui évitant de stagner sur le tissu

Dans de bonnes conditions (pas trop de transpirations, pas trop de pluie), c'est un système viable. Le problème vient de l'apprêt déperlant « DWR » (pour « Durable Water Repellent »), qui demande beaucoup d'entretien.
Lorsqu'il y a trop d'humidité extérieure, l'eau finit par stagner sur le tissu, qui sature et perce. Le traitement déperlant est sensé éviter cette stagnation. Mais si le vêtement est vieux, sale ou simplement si vous êtes dehors depuis quelque jours et/ou dans un milieu abrasif (broussailles), il ne sera pas en mesure d'évacuer l'eau avant saturation.
En ajoutant à ça un effort soutenu (ou un effort tout court pour certains « dégoulinants » comme votre serviteur) et la membrane ne peut plus évacuer la transpiration vers l'extérieur. Vous êtes trempé aussi de l'intérieur. Faire sécher en extérieur, par la suite, une membrane saturée peut relever du défi.
La résistance mécanique est aussi un point faible : une fois que vous avez un accroc, même en jouant parfaitement du fil et de l'aiguille, vous obtiendrez une brèche qui sera difficile à colmater.

Les membranes sont une solution intéressante dans deux situations :
Lorsque l'on peut laver et réimprégner sa veste souvent (sorties courtes).
Lorsqu'il s'agit d'un pantalon. En effet, un pantalon de pluie peut rester dans le sac à dos plus souvent qu'une veste, les jambes ayant un moins grand besoin de protection que le tronc. Il en résulte une autonomie plus grande du « DWR »...à conditions de ne pas le porter dans les broussailles.

Si vous devez essayer un pantalon, prenez-en un en eVent (2,5 couches). Il s'agit du meilleur rapport respirabilité-imperméabilité-durabilité du marché. À défaut, un Essence Pant de Marmot sera une alternative moins onéreuse.

 

 

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Marmot Essence Pant (© Marmot.com)

 

  • Cas n°2 : Le polypropylène microporeux.

C'est une technologie, assez similaire dans le fonctionnement à une membrane classique, qui a un attrait non négligeable, celui du rapport imperméabilité-prix. Des marques comme Frogg Toggs sont des spécialistes de ce genre de vêtements. Ce n'est pas cher, vraiment imperméable et vraiment respirant.
Quel est le problème alors? Essentiellement la fragilité. Une déchirure sera facilement réparable d'un bout de Duct Tape mais la tenue du vêtement dans le temps n'est pas extraordinaire. Vous me direz que pour le prix (une trentaine d'euros) on pourra racheter un ensemble facilement mais j'essaye de privilégier la durabilité dans mes choix d'équipement. Question d'impact environnemental...et un peu d'impact sentimental. Dernier point, le confort lié à la coupe (très très large!) laisse un peu à désirer. Photo à l'appui.

Le pantalon peut néanmoins constituer une solution de secours si on fait attention à l'abrasion. C'était la solution privilégiée en Islande...qui a été oubliée à la maison. À regret.

 

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Veste Frogg Toggs Ultralite2 : présentée par notre charmante hôtesse

 

  • Cas n°3 : Le Pile & Pertex (P&P).

Le Pile & Pertex est une solution vraiment intéressante, que j'ai longuement hésité à adopter. Pour être juste, j'utilise dans les conditions qui nous occupent les moufles Buffalo Systems en P&P. Je n'ai pas trouvé mieux jusque-là. Le seul bémol vient de son utilisation en veste et pantalon.

 

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Moufles Buffalo Systems en Pile & Pertex (© Arthur Chambre)

 

Le tissu extérieur n'est pas imperméable, mais très coupe-vent et très respirant. Il sèche donc très vite, presque plus vite qu'il ne se mouille. L'isolant interne en Pile (qui ressemble plus ou moins au tissu des polaires à poils longs) ce charge de créer suffisamment de chaleur et de capillarité pour évacuer l'humidité vers l'extérieur. C'est simple et efficace. Pourquoi alors ne pas l'avoir utilisé comme tenue complète?
Le problème vient de la chaleur. Le Pile est un très bon isolant. Sur une paire de moufles, les extrémités se refroidissant vite, c'est parfait. Sur une veste et/ou un pantalon, à l'effort, ça devient vite un petit sauna. Ce n'est clairement pas un système fait pour la randonnée rapide ou un effort soutenu. Ce n'est pas la destination première de ces vêtements non plus.
Néanmoins, ils sont souvent utilisés dans des conditions très froides. Là où le surplus de chaleur et la respirabilité sont les bienvenus.

 

  • Cas n°4 : La combinaison poncho en silnylon + veste déperlante.

C'est clairement une solution classique de MUL. Si on utilise son poncho comme tarp associé à un sursac, il devient difficile de faire plus optimisé. Il y a déjà eu un excellent article de Pierre Dumay (alias Peyo) paru dans Carnets d'Aventures sur le sujet (vous pouvez le trouver en pdf sur Arklight Design). Je ne vais donc pas m'épancher en explications.
C'est une solution que j'ai beaucoup utilisée une époque, pour finalement la laisser de côté. Le problème tient à son usage par grand vent ou dans une végétation dense. Même en utilisant une cordelette comme ceinture par-dessus le poncho, il y a un effet « voilure » ou le risque de se retrouver pris dans une branche. J'ai personnellement fini par trouver ça invivable.

Aucune de ces solutions techniques, après de nombreux essais, ne répondaient a mon cahier des charges. Puis vint la technologie Nikwax Analogy.

 

Imitez votre chat (ou votre renard).

Le Nikwax Analogy a été développé par Nikwax, entreprise connue pour ses traitements déperlants et ses lessives spécialement faites pour les vêtements d'extérieurs.
Le système Analogy est commercialisé sous plusieurs formes : Fleece, Insulator et Waterproof. Évidemment, la solution qui nous intéresse est la Waterproof.

Le fonctionnement du tissu reproduit celui de la fourrure animale (d'où le « Analogy »). La couche extérieure en microfibre est coupe-vent et déperlante, elle ne bloque pas la pluie mais l'empêche de stagner et l'évapore très rapidement. La couche d'en-dessous (« pump liner ») évacue l'eau liquide vers la couche extérieure par capillarité. Les deux tissus sont particulièrement respirant, aucun problème à ce niveau même sous un effort soutenu.

 

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Retour vers la fourrure

 

Un des gros avantages du Nikwax Analogy tient en sa résistance. Les deux couches de tissus étant séparées (pour que l'air circule et que le « pump liner » puisse évacuer l'eau), il est tout à fait possible de recoudre une déchirure dans la microfibre extérieure sans compromettre l'imperméabilité.
Malgré la présence d'un traitement déperlant, le vêtement est aussi moins dépendant d'un entretien régulier.

Ce n'est pas pour autant un système parfait. Vous vous rappelez? On ne peut pas avoir le meilleur des deux mondes.

La combinaison des deux couches reproduit la fourrure animale avec ses avantages et ses inconvénients. Observez votre chat sous la pluie. Tant que son pelage a tout son gonflant et que l'air y circule, l'eau reste à l'extérieur. Une fois aplati, la capillarité est quasi nulle et la fourrure ne joue plus son rôle de protection (c'est la raison pour laquelle de nombreux animaux à poils s'ébrouent d'ailleurs!).
Notre vêtements fonctionne de la même manière et laissera donc des entrées d'eau aux niveaux des brettelles du sac à dos. Je vous rassure, il faut quand même un certain temps pour que cela arrive. Une fois mouillé le tissu continuera quand même à respirer et à évacuer l'eau (à l'inverse d'une membrane). La couche interne a la capacité (vérifiée de nombreuses fois) d'évacuer l'eau par capillarité même si vous ne portez plus votre veste.
C'est néanmoins pour ça que je ne recommande pas forcément le Nikwax Analogy pour les jambes et lui préfère souvent une première couche en nylon associé à un pantalon en eVent ou un Frogg Toggs en appoint.

 

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Pause sous la pluie – Islande

 

Autre inconvénient, le poids général des vêtements. Même en utilisant la famille des « Light Waterproof » (offrant des tissus plus fins que la solution Waterproof originale), il reste qu'une veste de ce type sera plus lourde qu'une membrane en 2,5 couches. Beaucoup d'utilisateurs pointent néanmoins du doigt le fait que le tissu intérieur étant « chaud », il est donc possible d'emporter moins de couches d'isolations et donc de compenser le léger surplus dû au vêtement.
À l'usage, il faut parfois porter la doudoune en synthétique, que l'on réserve au bivouac, lorsque les conditions se dégradent vraiment (2°C, du vent et une grosse pluie continue par exemple).

 

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Doudoune synthétique légère (Camp Neutrino) : l'alliée du Nikwax Analogy (© Arthur Chambre)

 

Ok. Ça se trouve où?

Il n'existe pour le moment qu'une seule marque qui propose des vêtements en Nikwax Analogy dédiés aux sports de Nature. Il s'agit de Páramo Directional Clothing.

Páramo est une société britannique créée par Nick Brown, le fondateur de Nikwax (relativement logique!). Leurs produits sont trouvables exclusivement au Royaume-Uni ou sur Internet.
En plus de proposer une technologie innovante, leurs standards de productions environnementaux et sociaux sont de hautes qualités. Ce qui ne gâche rien.

Dans la gamme actuelle, Il n'existe que deux modèles de veste en « Light Waterproof » (la fameuse version allégée) : La Quito Jacket (veste avec une ouverture pleine longueur) et la Velez Adventure Light Smock (ouverture au 1/3).
Je possède le plus léger des deux modèles, la Quito Jacket (500 gr sur la balance, descendue à 479 grs en enlevant les tirettes en métal, entre autres). C'est une veste destinée aux sports actifs, d'où une coupe courte au niveau du tronc. Le dos descendant un peu plus sur les reins (surplus de protection fort appréciable).

Les prix sont assez élevés mais la durabilité de leurs vêtements (ainsi que la garantie à vie) compense largement la dépense initiale, beaucoup de sujets de Sa Majesté gardent leur Páramo une vingtaine d'années d'usage quotidien.

 

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Quito Jacket – Vue d'ensemble

 

Tout est relatif.

La technologie Nikwax Analogy propose une alternative extrêmement intéressante aux protections classiques. C'est la solution que j'ai longtemps cherché pour faire face à des conditions vraiment difficiles en termes d'effort et de météo.
Elle n'est pas sans désavantages, mais elle est sans doute la plus complète pour un randonneur recherchant une excellente respirabilité et une bonne imperméabilité pour un poids contenu.
Inclure votre vêtement dans une démarche globale et cohérente sera la condition sine qua non pour en retirer tous les bénéfices lors d'une prochaine randonnée arctique ou automnale.

 

Antoine Boutignon - Kamuy Outdoor

 

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jeudi 14 décembre 2017
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